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QUELQUES RÉFLEXIONS AUTOUR DU STAGE DES 28/29 OCT. 2007

Publié le par Christiane Milékitch

L'interview de Christiane Milékitch sur Radio-Zinzine annonçant le stage:
(clic sur le lien ci-dessous pour l'écouter)

http://194.57.187.30/~belbernard/misc/sons/ChristianeMilekitch.mp3






"Mouvements originaires" en calligraphie ?


Dans l'atelier de calligraphie au Rocher d'Ongles.


Pendant deux ou trois mille ans la calligraphie a dû servir le sens littéral (littérature sacrée ou profane, mémoire, édits, bulles,lois, finances....), au point qu'on puisse encore aujourd'hui la confondre avec "la belle écriture"; bien après la peinture ou la photographie, la  fin du 20 ème siècle la voit enfin accéder au sens graphique pur, via l'abstraction & en servant son propre trait, mais de façon très marginale; le trait pour le trait enfin!  Or, dans cette direction, le champ des possibles peut encore s'élargir si on veut, à l'instar d'Henri Michaux, "chercher sans peinture & sans écriture & pour un temps n'apprendre que de soi ...même si les sentiers ne sont pas visibles, pas tracés ou n'en finissent pas...je ne veux plus rien reproduire de ce qui est déjà au monde"(1).
 Il cherche SON "trait hors des chemins, pour l'aventure " (2).
Une démarche qui inspira la nôtre lors du dernier stage (fin octobre, sous l'égide de la Fête du Livre d'artiste organisée par "Forcalquier des livres"), introduite par quelques citations du même auteur prises dans "Les commencements" (du  tout jeune enfant qui crayonne): "au commencement est la répétition, seuls les cercles font le tour, le tour d'on ne sait quoi, de tout, du connu, de l'inconnu qui passe, qui vient, qui est venu & va revenir.....
    fouillis
       finalement
              fibrilles
                    fouillis
                        fourmillant......
Mais plus que les traces, le geste compte, l'acte, le faire du cercle....joie gestuelle désordonnée" (3)



Inutile de  dire que la démarche a de quoi surprendre les nouveaux venus à l'art calligraphique en quête d'écritures classiques savantes; mais, d'emblée,  il & elles  se sont pris au "jeu" avec  simplicité. Ils étaient même si absorbés chacun dans les traces de son histoire que ce ne fût pas trop "culpabilisant" (!) pour moi de ne rien enseigner du tout, d'abandonner mes propres acquis devenus pour une fois bien inutiles.
 "Juste" sentir comment accompagner chacun sur son chemin d'auto-création & de découverte! Une amie m'a dit : " Ah!  le non-faire!  Il fleurte avec le rien faire tant que l'on est dans le faire! Lorsque le faire donne la main au non-faire, c'est comme la mayonnaise qui prend, c'est magique... et rare.  On est en équilibre non pas sur un fil, mais sur un point - l'infini des possibles - d'où la difficulté de l'exercice... ".
Donc nous nous nous sommes embarqués loin des repères, de toute séduction & tout jugement, même le sien...

Pierre écrit l'avoir vécu ainsi:
 "Après une demi-journée consacrée à la découverte et à l’expérimentation de divers outils de traçage (calame, compte-gouttes, bâtonnet de Mikado, colapen, planche de cagette…), nous étions chacuns à la tête d’une jolie pile de feuilles A3, couvertes de ce que l’on a l’habitude de nommer « gribouillages ». Nous avions d’ailleurs été invités à « faire l’effort de nous laisser aller »




Ayant lâché les outils, c’est de notre œil qu’il fut alors question, invité à fouiller tâches et lignes avec une attention inaccoutumée. Je me suis pour ma part consacré à cet exercice pendant le reste du stage. Pour m’aventurer dans ces contrées, je me suis cependant raccroché aux branches de quelques démarches qui me sont plus familières : cadrage, découpage, montage, photocopie…
Il s’agissait pour nous de bâtir une sorte de livre, à partir de  trois mots clefs, trois phases, ou plus, ou autre … au choix de chacun. J’ai donné au mien la forme d’un album cartonné, d’une espèce de bande dessinée.



J’ai fait le choix arbitraire d’associer l’équilibre à la verticale. Sur quatre pages, la verticale-équilibre, en mauvaise posture au début, rassemble ses forces pour tenter d’émerger et de s’imposer parmi la confusion. Elle lui livre une bataille dont elle sort victorieuse, étant parvenu à maîtriser la confusion en s’emparant des mouvements qui la traverse, qu’elle organise ensuite autour d’elle-même, en une espèce de cercle.
Ce mouvement final circulaire est repris par les calques, chacun amenant dans la case suivante une case de la précédente. Sur le premier calque, c’est une case de la dernière page qui ferme la boucle. Leur mouvement s’organise autour d’un axe vertical qui traverse lui aussi les pages, matérialisé par la correspondance de forme et d’emplacement existant entre les motifs de la couverture et du dernier calque.

Sur ce dernier calque, en matière d’équilibre rien n’est jamais gagné, et la dernière page, sur laquelle le mouvement est bien plus confus dans la partie droite que dans la partie gauche, pourrait être la première page de la même histoire, en inversant les rôles…

Un autre postulat pourrait être que l’équilibre a davantage à voir avec la participation consciente au mouvement, qu’avec la recherche d’une posture statique…
Une petite confession : Un bon tiers de la théorie ronronnante qui précède est postérieure à la réalisation de cet objet…
 Une petite conclusion : Depuis ce stage, je prends le temps de regarder ce qui se passe au sol, sous les arbres, au clair de lune…"







     Jacqueline a ajouté des mots, des collages, des plis."Rencontre avec de nouveaux outils, échanges mutuels, ouverture vers d'autres horizons..." dit-elle.



 Deleuze & Guattari donnent encore d'autres pistes aventureuses en faveur de " la subjectivité que prend une connaissance certaine, et non pas l'objectivité qui suppose une vérité reconnue comme préexistante ou déjà là". "La conscience subjective représente une appropriation de soi par la coïncidence fondamentale intensive établie entre le corps propre et la capacité de se sentir soi-même."(4)
Aussi  sommes-nous entrés dans "un univers unitaire et en changement continu, soumis néanmoins au jeu évènementiel de ses énergies. Dans un sillage strictement nietzschéen qui faisait du coup de dés le point de départ de la vie, ...qui...ouvre les horizons de l'évènement et du virtuel, et s'érige comme fondement et plan de consistance, agissant moins comme principe et plus comme catalyseur de l'existence et de son individualité relative."(5).

Christine entame une reliure à la japonaise...."deux belles journées de découvertes"



 Bien sûr, comme Michaux, à vouloir rendre un certain continuum de la vie:" échecs, échecs, échecs........mais je ne délibère pas. Jamais de retouches, de corrections. Je ne cherche pas à faire ceci ou cela; je pars au hasard dans la feuille de papier & ne sais ce qui viendra"; & conséquemment: "..les hochements de tête embarassés de personnes me voulant du bien....je me fourvoyais...au lieu d'écrire tout simplement" !!!
(6)

Michelle trouve ici à voir des rencontres. " regard-rencontre-silence; nouvelles expériences partagées, retour à l'essence du geste, improvisatio, révélation de l'être, un nouveau fil à suivre."


Bien qu'après tant d'"anti-production" nous soyons revenus à la "civilisation" en rassemblant nos travaux en deux ou trois thématiques puis en livre unique (accordéon ou cousu à la japonaise ou sur toile, ou, ou ...),  bien peu d'attention - prévisible- autour de nos productions  à la "Fête du Livre" où nous avions apporté de" l'improductif, du stérile, de l'inengendré, de l'inconsommable" (7) osés chacun pour la première fois.

À la Fête du Livre d'artiste de Forcalquier, dans les magnifiques "Caves à Lulu " .


Pourtant : "Dès le moment où nous cessons de penser par des représentations, les vécus du corps deviennent réels et nous pouvons les considérer comme des faits intensifs du corps vivant"(8). L'essentiel pour nous n'avait pas été de chercher à plaire mais de se sentir intensivement vivant & libre. Ce qui fût fait. Il y a là une piste rugueuse sans a-priori culturels mais  renouvelant la création culturelle que la calligraphie ou autre art du mouvement comme la danse, ou d'autres activités peuvent explorer; une quête sans fin pouvant faire émerger un art périlleux. Une recherche n'excluant personne pas plus que le talent.



Christiane Milékitch, 7 novembre 2007.

Sources des citations:

1: Émergeances-Résurgences, Henri Michaux, Albert Skira.
2: idem.
3: Les commencements, Henri Michaux, Fata Morgana.
4: Qu'est-ce que la philosophie ? Deleuze-Guattari, Éditions de Minuit
5: Pourquoi le corps sans organes est-il plein? R.Arsene-Zamfir, Université de Bourgogne.
6: Émergeances-Résurgences, Henri Michaux, Albert Skira
7: idem.
8:Pourquoi le corps sans organes est-il plein? R.Arsene-Zamfir, Université de Bourgogne.


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